HYPNOSE ET MEMORISATION PER OPERATOIRE
Etude commune de la Clinique de la Sagesse - Rennes
et du Centre hospitalier Privé St Grégoire
- Rennes - 2004-11-06
Laurence Gauchenot-Potin
IADE Clinique La Sagesse (Rennes)
1 Présentation de létude
51 Patients ont été recrutés
au printemps 2004 sur deux sites : 39 à la Clinique La Sagesse
et 12 au CHP Saint Grégoire de Rennes.
Aucune sélection des patients na été effectuée,
leur acceptation étant requise après proposition de
lhypnose faite le plus souvent par le chirurgien.
Les techniques dhypnose ont été pratiquées
sur des patients non préparés, linformation sur
lhypnose étant intégrée à la consultation
pré-anesthésique, dune durée denviron
15 minutes.
Lhypnose a été utilisée :
-Dans 5 spécialités : chirurgie digestive, gynécologique,
ORL ; chirurgie générale et gastro-entérologie
-Par différents médecins et infirmiers anesthésistes
ayant eu toutefois, pour la grande majorité la même formation
initiale : module de 9 jours (3 fois 3 jours) enseigné à
Rennes.
-Seule ou associée à une sédation légère.
Le questionnaire rempli par le patient en période post-opératoire
immédiate a été inspiré dune part
par le questionnaire-patient du Professeur FAYMONVILLE et dautre
part, par le mémoire dAnnie MOREL, infirmière-anesthésiste
à Rennes.
Trois items ont retenu notre attention :
-La motivation initiale des patients,
-La mémorisation per-opératoire, quil sagisse
des critères de transe hypnotique ou des scores danxiété
et de douleur pré, per et post-opératoire,
-Le degré de satisfaction des patients.
A travers ce questionnaire, cest aussi lévaluation
de la pratique de lhypnose à Rennes, à la fois
dans ses indications actuelles mais aussi pour en dégager les
points à améliorer dans notre pratique future.
Lâge moyen des patients a été de 47,2 ans
pour des indications principales telles que :
-la coloscopie,
-la cure dincontinence urinaire par TVT (expliquant le pourcentage
de femmes dans notre étude de 68,6 %)
-lexérèse de lipomes cervicaux, thoraciques et
abdominaux.
Nous citerons, aussi :
-en gynécologie : conisation, hydrosadénite des grandes
lèvres
-chirurgie digestive : cure de hernie inguinale par technique de Shouldice
ou Liechenstein
-chirurgie ORL : polypes des cordes vocales, thyroïdectomie totale,
plaie du menton.
2 Recrutement des patients
Cest surtout le chirurgien qui les voit
dabord en consultation, qui propose lhypnose au patient
(62 %). Nous savons, en effet, quune hypnose non désirée
par le chirurgien aboutira à un échec, car la collaboration
anesthésiste-chirurgien est primordiale.
Cest aussi le patient qui arrive avec ses motivations et demande
au chirurgien et au médecin anesthésiste de pouvoir
utiliser lhypnose (35%).
Enfin, cest parfois lanesthésiste qui, lors de
la consultation, proposera cette technique en association avec lanesthésie
locale (16 %).
Le médecin anesthésiste qui informe sur lhypnose,
lors de la consultation, doit être préalablement formé
; au bloc opératoire, il pourra lui-même pratiquer ces
techniques mais aussi déléguer à un collègue
ou à un(e) infirmier anesthésiste formé(e) également
aux techniques dhypnose.
3 Motivation des patients
Deux motivations principales animent les patients
interrogés :
1°) La curiosité : quelques soient les croyances personnelles, allant de lattrait
pour la sorcellerie, jusquà lintérêt
porté à une démarche scientifique originale.
Beaucoup de patients se disent curieux et intéressés
par lhypnose.
2°) Labsence danesthésie
générale (et donc de la crainte
de ne pas se réveiller) et de
ses effets indésirables : ni mauvais
réveil, ni nausées et vomissements post-opératoires.
Dautres motifs sont aussi évoqués :
-une expérience antérieure satisfaisante, la pratique
antérieure de la sophrologie
-le conseil dami ayant vécu cette expérience,
-la sortie précoce,
-une anxiété moindre,
-la participation active,
-la confiance dans le chirurgien et lanesthésiste
-la lecture darticles dans la presse.
4 Les critères de la transe
hypnotique.
Une transe hypnotique nest pas linéaire
: elle peut présenter des phases plus ou moins profondes et
parfois le patient revient à la réalité du bloc
opératoire.
On peut dire quil refait surface pour mieux repartir encore
plus profondément ; il a besoin de ces moments pour être
réconforté et sassurer que tout va bien.
Cest à lhypnothérapeute de ratifier cette
demande, de lencourager à repartir là où
il était, et poursuivre son travail hypnotique. Pendant ces
phases où le patient se dit bien présent avec nous au
bloc opératoire (80 % des patients sont plutôt ou tout
à fait daccord sur le schéma 3), où il
entend et peut même ressentir des sensations plus ou moins désagréables,
il reconnaît être transporté dans des souvenirs
plaisants (46 patients sur le schéma 2). On peut noter labsence
de corrélation entre le vécu de la transe et léloignement
du site opératoire.
Lanalyse des questionnaires, sur le ressenti des patients après
lhypnose, nous montre les différents critères
de dissociation induits par la transe (schéma 1).
On regroupe autour de 10 % des sensations dengourdissement,
de fourmillements et un changement de limage corporelle. Puis
autour de 50 à 60 %, une indifférence à lenvironnement,
une impression de vivre des moments agréables, une impression
de confort et une perte de la notion du temps, qui sont des critères
qualitatifs de transe hypnotique. Lintensité de la transe
nétant pas linéaire, la mesure de la profondeur
de la transe nest actuellement plus calculée.
Le patient vit des choses dans sa tête et dans son corps, même
si au départ, il montre une certaine résistance liée
au stress ou à lenvironnement.
Il est vraiment acteur à part entière de sa transe,
lhypnothérapeute nest quun accompagnateur,
un guide, une présence rassurante et réconfortante.
Le dernier point et non moins négligeable est labsence
pour 100 % des patients interrogés, des nausées ou vomissements
: cet élément paraît très important, le
patient étant très attentif à retrouver en post-opératoire
immédiat ses capacités physiques et mentales.
Schéma 1

Schéma 2

Schéma 3

5 - Evaluation de lanxiété péri-opératoire.
Il est demandé aux patients dévaluer leur degré
danxiété sur une échelle graduée
de 0 à 10 (schéma 3).
1) En période pré-opératoire
(schéma 4)

Une anxiété notable (supérieure ou égale
à 8/10) na concerné que 9 patients (sur 51).
La moitié des patients (26) se jugeaient peu, voire pas anxieux
(11 évaluant à 0/10) : ceci peut sexpliquer
du fait que les patients ont choisi cette technique ; ils sont donc
motivés et confiants.
Ils sont bien informés et rassurés pour certains,
déviter lanesthésie générale
et tous ses effets secondaires.
2) En période per-opératoire (schéma
5)
Schéma 5

Seuls 3 patients ont vécu lintervention dans un état
danxiété important (supérieur ou égal
à 8/10).
Par contre, plus des 2/3 ont vécu agréablement la
période opératoire (37) : les patients se sentent
maîtres de leur confort, ont confiance en eux, ils sont rassurés
dêtre accompagnés et dêtre acteurs
de cette expérience.
Ils maîtrisent la situation, ne se laissent pas gagner par
langoisse. Ils positivent, ressentent du bien-être et
vivent cet instant comme une expérience enrichissante.
Même si des douleurs peuvent être ressenties en per-opératoire,
celles-ci sont gérables et maîtrisables, les patients
ne se laissent pas envahir par une vague dappréhension
et dangoisse.
3) En période post-opératoire (schéma
6)
Schéma 6

Seule une patiente conserve un seuil danxiété
important (TVT noté à 8/10), ce quelle ressentait
déjà en pré et per-opératoire : ceci
reste un phénomène isolé correspondant peut-être
à une préparation insuffisante de la patiente.
Le point très positif concerne la grande majorité
des patients (47) qui jugent leur anxiété plus que
modérée, voire inexistante (35 patients la note à
0/10).
Une fois lintervention terminée, lépreuve
leur paraît « derrière » eux, elle fait
déjà partie du passé.
Il y a bien sûr le soulagement de la réussite de lintervention
et de la technique dhypnose ; certainement aussi la satisfaction
davoir passé avec succès une épreuve.
Cette sorte de fierté qui permet de tourner la page très
rapidement est donc de mémoriser seulement les points positifs
de cette expérience ; il ny a pas à subir les
effets secondaires quaurait engendrés une anesthésie
générale par exemple.
6 - Evaluation de la douleur péri-opératoire
1) En période pré-opératoire
(schéma 4).
46 patients évaluent leur douleur inférieure ou égale
à 3/10.
Etant donné les types dinterventions pratiquées
(coloscopie, exérèse de lipome, TVT, etc
), il
paraît logique que la quasi-totalité des patients ne
ressentent pas, ou peu, de douleur avant lintervention.
2) En période per-opératoire
(schéma 5).
70 % des patients éprouvent une douleur modérée
(inférieur ou égale à 3/10) ce qui est très
positif et permet de dire que la transe hypnotique a été
satisfaisante avec une bonne coopération patient-thérapeute
(signaling et ratification efficaces, communication verbale et non
verbale adéquates).
On peut en déduire également que la technique chirurgicale
était adaptée (avec une éventuelle anesthésie
locale associée efficace).
Une bonne anticipation par rapport aux temps opératoires
potentiellement douloureux et la compétence dune équipe
soignante sensibilisée et informée par rapport à
la technique, complète cette analyse.
15 patients ont ressenti des douleurs importantes (entre 4 et 10/10),
4 dentre eux notent même des douleurs intenses (supérieure
ou égale à 8) ; létat dissocié
permet cependant aux patients de différencier perception
et sensation douloureuse.
Plusieurs explications sont possibles (schéma 6) :
-La transe hypnotique ne sest pas établie.
-Le geste chirurgical était particulièrement invasif
et douloureux.
-Lindication dhypno-sédation était inadaptée.
Cependant, lélément notable est que ces douleurs
ont cessé en post-opératoire immédiat comme
décrit ci-dessous.
3) En période post-opératoire.
La quasi-totalité des patients (46) juge leur douleur à
un niveau tout à fait acceptable comme avant lintervention.
On ne peut interpréter ces chiffres par une absence de prolongement
de la douleur ressentie en per-opératoire ; la perception
de cette douleur est effacée au profit de la satisfaction
dune épreuve réussie, du bien être ressenti
et des avantages de cette technique (pas de NVPO, alimentation et
sortie précoces, pas dinterruption de létat
déveil, etc
)
Tout ceci explique donc pourquoi ces patients seraient prêts
à renouveler lexpérience si loccasion
se présentait à nouveau.
7 Suggestions faites par les patients
Afin daméliorer nos techniques
et le vécu du patient, il a été demandé
aux patients de nous proposer leurs suggestions ; voici les principales
:
-Utilisation plus large dune musique de relaxation en accompagnement.
-Bien veiller à la réassociation en fin dintervention.
-Anticiper lanalgésie post-opératoire.
-Proposer lhypnose plus souvent en consultation par le chirurgien
ou le médecin anesthésiste.
A titre anecdotique, un patient de 81 ans a demandé, lors
dune prochaine coloscopie sous hypnose, de lui laisser en
place sa prothèse dentaire
96 % des patients se disent daccord pour les techniques dhypnose,
si cétait à refaire ; en raison :
-De lanesthésie générale évitée.
-Du bon vécu per-opératoire.
-Du confort post-opératoire : meilleur réveil, effets
secondaires moindres.
8 - Conclusion
Dun point de vue technique, il paraît
important de préférer la dissociation à la
relaxation simple ; il faut aussi veiller à bien réassocier
le patient en fin dintervention.
Il faudrait peut-être envisager une prémédication
utilisant des antalgiques (Paracétamol, AINS, antispasmodiques)
afin danticiper la douleur post-opératoire.
Lamélioration des techniques dhypnose passe évidemment
par les supervisions de films vidéo de nos techniques auprès
dexperts.
Progressivement, nous pourrons alors élargir nos indications
actuelles.
QUESTIONNAIRE
HYPNOSE ET CHIRURGIE
Ce questionnaire anonyme est destiné
à recueillir des informations
sur votre ressenti lié à lhypnose pendant
votre intervention. |
 |
Il vous a été remis et expliqué
par une personne qui sest occupée de vous.
Elle peut, si vous le souhaitez, vous aider à le remplir.
Pour cela, entourez ou cochez la case correspondant à votre
réponse.
Nous vous remercions, par avance, pour le temps que vous allez consacrer
à ce questionnaire.
_Femme _Homme Age :
..
Type dintervention :
.
1. Connaissiez-vous lhypnose
avant votre intervention ?
-Oui
-Non
2. Est-ce un choix :
-Personnel
-Proposé par le chirurgien
-Proposé par lanesthésiste
3. Quest-ce qui a motivé
votre choix ?
4. Décrivez votre vécu
durant lopération sous hypnose. Avez-vous ressenti
:
-Un engourdissement
-Des fourmillements
-Un changement de limage du corps
-Une indifférence à lenvironnement
-Limpression de revivre un moment agréable
-Une impression de confort
-La perte de notion du temps
-Des nausées et/ou des vomissements
5. Evaluez votre niveau de
présence :
Tout à fait daccord / Plutôt daccord /Plutôt
pas daccord / Pas du tout daccord
-Jétais "transporté(e)" dans des souvenirs
agréables
-Jétais présent(e) dans la salle dopération
6. Evaluez votre anxiété sur
une échelle :
-Avant lopération :
Pas du tout anxieux, anxieuse_0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10_Extrêmement
anxieux, anxieuse
-Pendant lopération :
Pas du tout anxieux, anxieuse_0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10_Extrêmement
anxieux, anxieuse
-Après lopération :
Pas du tout anxieux, anxieuse_0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10_Extrêmement
anxieux, anxieuse
7. Evaluez votre douleur sur
une échelle :
- Avant lopération :
Pas de douleur_0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10_Douleur maximale imaginable
- Pendant lopération :
Pas de douleur_0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10_Douleur maximale imaginable
- Après lopération :
Pas de douleur_0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10_Douleur maximale imaginable
8. Dans le cadre dune
autre intervention,
seriez-vous daccord pour renouveler lexpérience
de lhypnose ?
-Oui
-Non
Pourquoi ?
9. Avez-vous des suggestions à nous
faire pour améliorer notre pratique ?
Si oui, lesquelles ?
A. Morel, V. dHumières Novembre 2003