Association et dissociation
Dr Virot
Psychiatre, Rennes
Directeur de l’institut Emergences
1 – Préliminaires
Association et dissociation
Hypnose et dissociation forment un couple solide, vieux de près d’un siècle, un vieux couple dans lequel ces 2 notions sont étroitement associées. Curieux, il est question de dissociation et déjà arrive son contraire : l’association. Est-ce si étonnant ? Nous serions bien en peine de dissocier des éléments qui ne sont pas préalablement associés. Le Larousse confirme cette hypothèse. Associer signifie mettre ensemble, réunir. Dissocier, séparer des éléments associés. La dissociation est toujours relative: un élément ne peut être dissocié que par rapport à un autre. La dissociation est une dis- assocation. Alors, la dissociation et l’association ne seraient-elles pas aussi un vieux couple dont on parle peu, comme s’il était tellement évident qu’il n’est plus nécessaire d’y prêter attention. Et pourtant à force de dissocier et de dissocier encore, il ne restera plus grand-chose, plus grand chose de vivant en tout cas. Association, dissociation et hypnose Dans un premier temps, mon objectif est d’étudier la manière dont ces deux concepts sont intimement combinés dans une thérapie hypnotique. Pour cela, nous examinerons deux manières d’utiliser la transe: la réification et la technique originale d’Ernest Rossi, Association, dissociation et thérapie Mais si nous montrons que ces deux concepts sont utilisés dans l’hypnose, dans cet outil essentiel de notre travail, qu’en est-il au niveau de la thérapie elle-même ? Nous pouvons examiner deux modalités qui semblent exclusives l’une de l’autre : la thérapie individuelle et la thérapie familiale. Elles sont habituellement dissociées. Peuvent-elles être associées ? Le concept analytique, le principe scientifique de l’analyse, consiste par définition à fragmenter l’objet d’étude dans ses plus simples éléments. Si nous pouvons connaître suffisamment bien chacun des éléments d’un tout, nous pouvons connaître le fonctionnement de ce tout. À l’inverse, le principe systémique considère que le tout est plus que la somme des parties ; c’est ici le champ de la complexité. Il est implicite dans l’idée même de dissociation puisqu’il nécessite des éléments associés.Des éléments et donc des relations, autrement dit un système au sens de la définition générale des systèmes, proposée depuis près d’un demi-siècle par Ludwig Von Bertrand (Théorie générale des systèmes).Thérapie individuelle et thérapie familiale : deux approches à associer?
Sous cet angle, une thérapie individuelle est une technique de dissociation par rapport au système familial. Mais, en même temps, le psychanalyste invite à utiliser l’association intrapsychique. Inversement, une thérapie familiale est une technique associant les membres du système dont l’objectif habituel est l’autonomisation du patient par rapport à sa famille. Autrement dit, lui apprendre la dissociation familiale. Dans les deux cas, il s’agit de stratégies thérapeutiques pouvant être décrites en termes d’association et de dissociation. Est-il possible et pertinent de les combiner?Association, dissociation et mouvement
En étudiant de plus près cette dualité, elle devenait de plus en plus floue. Peu à peu, j’avais l’impression de décrire deux phénomènes statiques faisant partie d’une dimension plus vaste : le mouvement dans lequel l’un et l’autre s’inscrivent. L’intérêt de cette combinaison réside dans le mouvement dynamique qu’elle crée. Ainsi, l’idée de dissociation que j’utilise depuis 15 ans, perd de son intérêt au profit de celle du mouvement et de la manière dont le thérapeute participe à la mise en route de ce mouvement. A la fois dans le vécu intérieur du patient et dans son vécu extérieur. D’ailleurs, « émotion » et « mouvement » ont la même racine« movere ».2 – Application à l’hypnose
Parlons d’abord de l’hypnose. Il est facile d’y décrire la dissociation. Prenons par exemple la transe spontanée: celui qui est dans la lune est dissocié par rapport au monde extérieur. Dans la transe thérapeutique, les phénomènes de catalepsie ou de lévitation impliquent qu’une partie du corps est dissociée du reste. Plus démonstratif encore, le patient qui se promène en forêt pendant que le chirurgien enlève la thyroïde.Où est l’association?
Dans la transe spontanée, le sujet présente et vit une association particulièrement intense avec son vécu intérieur. Quant à la transe thérapeutique, elle nécessite la création d’une relation stable et confiante entre le patient et le thérapeute. C’est dans cette association que peut naître la transe thérapeutique. D’ailleurs, chaque séance se termine par une dissociation de ce lien au profit d’une soigneuse réassociation avec le monde extérieur. Entrons plus en détail dans cette technique particulièrement utile avec les patients souffrant de douleur chronique: la réification.Réification
La douleur chronique est souvent décrite comme une transe négative au long cours. Une partie du monde intérieur du sujet est dissociée par rapport au reste. On pourrait dire de la même manière qu’une partie du monde intérieur est hyper-associée à la pensée consciente, l’attention. En effet, le patient passe une grande partie de son temps à penser à cette sensation,à cette émotion. Remarquons que quelle que soit la manière d’en parler, le phénomène est chronique, c’est-à-dire fixe, stable, immobile. Lors d’une séance utilisant la réification, nous observons successivement: - l’association patient – thérapeute, la création du lien thérapeutique, - la dissociation sujet – monde extérieur, - l’association de l’attention consciente avec la zone douloureuse, - la dissociation de la douleur du reste de l’expérience psychique, - l’association de la douleur avec un objet, une chose en établissant un lien analogique entre les deux, - la modification ou le déplacement de l’objet qui, par analogie, modifie ou déplace la douleur, - la réassociation de cette partie du corps avec le reste du vécu corporel et de l’ensemble de la pensée consciente, - la réassociation du sujet avec le monde extérieur, - et en même temps, la dissociation du lien avec le thérapeute. Cette stratégie, très puissante, sera souvent la première étape, la plus difficile, du changement thérapeutique. Dans un monde statique, voir apparaître du mouvement. Voyons maintenant la technique particulière d’Ernest Rossi. Par quelles étapes passe Rossi lorsqu’il utilise cette technique ?- l’association patient – thérapeute,
- la dissociation sujet – monde extérieur,
- l’association de la conscience avec les deux mains,
- la dissociation main gauche – main droite,
- l’association du problème avec une main, la solution avec l’autre,
- la confrontation main gauche – main droite avec l’apparition de mouvements assimilés à des changements physiologiques ou psychologiques inconscients,
- la symétrisation des mains puis l’association main gauche – main droite,
- l’association main et corps,
- l’association sujet – monde extérieur,
- la dissociation sujet – thérapeute.
La transe hypnotique : un mouvement de dissociation-association
En fait, depuis toujours, Erickson décrit la transe hypnotique de cette manière mais dans des termes différents. Il faisait volontiers un bref schéma pour montrer que le niveau de transe est très changeant, le sujet expérimentant des phases de dissociation très intenses par rapport au monde extérieur (ou d’association très intense avec sa réalité intérieure) et des phases où il se réassocie presque complètement. Un peu à l’image d’un dauphin qui nage. Le mouvement association – dissociation peut apparaître de manière plus évidente en s’appuyant, comme le développe Erickson, sur les caractéristiques de la transe naturelle. Cette technique respectant le mouvement interne propre à chaque sujet. Ou peut-être favorisant ce mouvement intérieur.Pages : 1 2



