Accouchement en transe hypnotique

Troisième entretien

Fond musical sonore basé sur le CD «Piano Cascades». Madame L… est satisfaite de l’entretien précédent et me demande d’emblée si on peut faire une séance d’hypnose basée sur la promenade en forêt en l’imaginant « accompagnée de ma fille et de mon fils… » « Pourquoi ? » « Pour m’imprégner… » «Pourquoi votre fils ?» «Parce que c’est bien un garçon…». Séance courte de 5 minutes, qui se termine par une connotation positive»…et vous pouvez prendre beaucoup de plaisir si bien accompagnée de vos deux enfants…et vous pourrez refaire cette promenade quand vous le voudrez…» A la sortie de la transe madame L… me dit : «Finalement je suis pressée d’arriver à l’accouchement» Cette affirmation soudaine me surprend agréablement. Justement, comment se préparer au travail même avec toutes les méthodes de relâchement utilisées qui pourront permettre de supporter les douleurs des contractions? Je propose à madame L… d’envisager cet aspect le plus désagréable du travail car elle m’avoue qu’elle a peur de ne pas savoir se maîtriser jusqu’à la fin. J’induis chez madame L… une transe hypnotique simple basée sur la catalepsie de son bras gauche pensant amener une dissociation car elle est gauchère, yeux fermés, ici et maintenant, avec ma voix qui l’accompagne «…et votre respiration est un peu plus lente…plus basse… plus …profonde… et vous allez sentir… cet air frais quand vous inspirez…qui peut diffuser dans tout votre corps… vous procurant une sensation… agréable… de bien être… de rafraîchissement…cet air plus chaud quand vous expirez, vous procurant une sensation d’apaisement…de tranquillité…de calme… de détente…et votre rythme cardiaque s’apaise doucement… et plus votre respiration est calme… et plus vous vous sentez détendue… apaisée…et votre main gauche devient… plus légère… très légère…tellement légère…»en lui demandant, une fois la transe bien installée, de répondre aux questions que je vais lui poser «…et vous pourrez répondre…si vous le voulez…ou si une partie de vous-même le veut…aux questions que je vais vous poser…» Viennent les questions que je pose un peu au hasard en cherchant l’inspiration et parmi elles une qui va m’amener avec beaucoup de chance vers une métaphore toute faite, et possibilité d’utiliser une réification. Comment, avec le souvenir de son premier accouchement, pourrait-elle imaginer son ventre lors des contractions ? «Comme un gros ballon trop gonflé». Je propose alors à madame L… de considérer son utérus comme un objet ballon, ce qu’elle accepte (réification). Comment pourrait-on enlever cette sensation de ballon trop gonflé ? Pas de réponse Je suggère «en dégonflant le ballon ?», réponse «oui» Je lui suggère alors d’imaginer une petite valve, au centre du ballon (à l’endroit de son ombilic) et de faire avec sa main droite (ce qui va s’avérer difficile car elle est gauchère) le mouvement de dévisser cette valve. En dévissant la petite valve le ballon se dégonfle, se détend et devient mou. Ainsi j’essaie de lui proposer la modification d’une sensation sans pour autant déplacer l’objet. Les deux premières tentatives à quelques minutes d’intervalle se soldent par un échec avec sortie de transe mais ré-induction rapide grâce au bras catalepsié. En fait madame L…n’arrive pas à imaginer ce geste car «je n’arrive pas à me rappeler l’effet que ça faisait quand mon ventre était tendu». Toujours dans la transe je lui suggère alors ceci : «…cette rondeur…dans le ventre…comme un ballon…peut être très gonflé…tendu…très tendu…à la limite du supportable…même parfois insupportable…» pour tenter de lui rappeler les sensations qu’elle a vécu mais dont elle ne veut pas se rappeler, «….et avec le majeur de votre main droite…en appuyant doucement…et tournant doucement …vous allez…dégonfler ce ballon…et vous sentir plus à l’aise…le ballon va se dégonfler…doucement… comme cela…voilà…c’est bien…» Ce troisième essai est le bon et la séance se termine par «…et ce que vous faites en ce moment peut vous être utile…plus tard…même si vous ne savez pas comment…et votre inconscient…plus tard…quand vous en aurez besoin…vous permettra-t-il de refaire ce geste…et d’avoir cette sensation …de détente…c’est tellement agréable…» anticipation, ancrage, ratification. Je demande à madame L… si nous pouvons essayer d’entrer et sortir de transe rapidement, en quelques secondes afin de la préparer à gérer des contractions qui seront rapprochées le jour de l’accouchement et qui l’obligeront, si elle s’en sert, à le faire plusieurs fois rapidement. Durée de ce troisième entretien 40 minutes desquelles madame L… et moi sortons épuisés. Nouveau rendez-vous dans 5 jours pour parler du moment «le plus extra-ordinaire», celui de la naissance.

Quatrième entretien

Fond musical sonore basé sur le CD «Piano Cascades». Première transe sur la balade en forêt réclamée par madame L… Sortie de transe et discussion sur le déroulement de l’accouchement. J’explique à madame L… que tout un bilan de coagulation sera fait un jour fixé et qu’en fonction du résultat elle sera déclenchée, ce protocole devant avoir lieu au minimum 15 jours avant la date présumée du terme c’est à dire dans 10 jours. Deuxième transe sur le ballon qui se dégonfle. Madame L… m’avoue avoir eu quelques contractions après une séance de ménage quelque peu virulente et qu’elle a appliqué seule et sans problèmes la métaphore du ballon pour «m’entraîner et me rassurer». «J’ai bien senti que le ballon se dégonflait». En fait les quelques contractions se sont passées toutes seules sans problèmes, mais madame L… a été rassurée sur sa capacité à gérer psychologiquement ce problème. Faut-il envisager de gérer la poussée au moment de l’expulsion. Apparemment non car madame L… va faire la poussée en expiration. Mais je suggère une transe hypnotique basée sur la métaphore suivante : Un meuble devant une porte, cache cette porte, empêche de l’ouvrir. Derrière la porte une grande pièce toute illuminée, pleine de soleil, comme une clairière dans la forêt, avec dedans un berceau et dans le berceau un enfant, son enfant, un fils, son fils. Il faut pousser le meuble pour que la porte puisse s’ouvrir. La transe se fait sans problèmes mais sans conviction. Prochain rendez-vous, le jour de l’accouchement.

L’accouchement

Le jour J, madame L… est déclenchée par Propess puis Syntocinon avec un facteur von Willebrand à 65% de sa valeur normale. Toutes les précautions ont été prises sur le plan de la coagulation et du traitement d’un éventuel saignement. Je suis de garde ce jour là, ayant assuré la patiente de ma présence. Fond musical sonore basé sur le CD «Piano Cascades» écouté par baladeur. Pendant 1 heure environ madame L… ne ressentira rien, les contractions étant peu importantes. Elle… lit et écoute la musique en restant tout à fait sereine. Au bout d’une heure, madame L… que je suis passé voire 3 fois me fait demander pour l’aider car elle panique un peu, non pas à cause de la douleur, mais à cause «de ce qui va suivre». Induction d’une transe hypnotique avec la métaphore de la promenade en forêt, transe qui dure environ 10 minutes. Sortie de la transe obligée par les contractions qui deviennent tout à coup plus fortes et qui nécessitent dans un premier temps une respiration adéquate. Toujours présent dans la salle d’accouchement, je vois à un moment donné madame L… qui met son index droit sur son ombilic et qui mime le mouvement de tourner, apparemment sans succès car elle grimace. J’induis alors juste avant la contraction suivante, une transe hypnotique très courte avec la métaphore du ballon et madame L… exécute sans problèmes le geste et je décide de terminer la transe en ajoutant «…et vous allez pouvoir continuer ainsi maintenant … dès que vous en sentirez le besoin…dans la détente…le calme…la sérénité…». Madame L… sort de transe sans problèmes très rapidement, comme nous l’avons déjà fait lors du troisième entretien.. Dans la suite, la patiente va dès le début d’une contraction poser son doigt sur son ombilic en appuyant un peu et va très bien gérer sa douleur et supporter ses contractions sans faire appel à mes services. Au moment de l’expulsion, je demande à Madame L… si elle veut que j’induise une transe basée sur la métaphore de l’armoire devant la porte et elle me répond qu’elle n’en a pas besoin. Madame L… accouche 4 heures après son déclenchement, sans problèmes, sans forceps ou ventouse, sans DA ou RU et m’avouera le lendemain qu’elle a été pratiquement tout le temps en transe plus ou moins légère, parfois profonde, bien aidée par la musique.

Bilan

J’ai essayé le plus possible de respecter la patiente qui n’a été qu’une seule fois contrainte (lors de l’introduction en cours de transe pour la première fois de son 2ème enfant). Je me suis rendu compte qu’il était facile de faire n’importe quoi. J’ai été à son écoute permanente par de longs entretiens. J’ai essayé de travailler sur ses solutions proposées directement ou indirectement, dans la douceur et l’empathie. Ma récompense a été un grand merci ponctué d’un grand sourire… et un magnum de champagne.

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