Apport des vertus amovibles de la suggestion hypnotique dans le traitement de la douleur chronique

Ces douleurs étaient décrites comme insupportables, insomniantes, non calmées par les médicaments prescrits dans ce type de douleurs neurogènes, à type de décharges électriques. Grâce à notre travail durant les séances d’hypnose, elle a réussi à visualiser son nerf lésé et à le faire  » grandir  » car elle avait l’image d’un nerf raccourci et desséché. Il lui est venu l’idée de lui mettre de l’eau pour qu’il reprenne forme peu à peu. Et ainsi, en cours de séance, elle pouvait remobiliser progressivement son pied droit sans qu’aucune sensation douloureuse n’apparaisse. Dès lors qu’elle serait en contact avec l’eau (en Bretagne, on trouve beaucoup d’occasions !), il était convenu dans la suggestion post-hypnotique que son nerf s’en  » abreuverait  » afin de retrouver sa forme, son énergie, un fonctionnement plus convenable. L’amovibilité, c’est aussi établir une relation différente avec son entourage, là ou celle préexistante était facteur de souffrance et tout en même temps d’une stabilité réputée intouchable, à l’image de la résistance au changement. La (ou les) solution(s) est (sont) souvent envisagée(s) comme plus terrifiante(s) que ce qui fait déjà souffrir pour l’instant. Et permettre d’envisager des changements relationnels en les dénudant ou en les dégonflant déjà simplement de leur connotation émotionnelle par le travail des métaphores ou des prescriptions, augure au patient l’initiative de réaliser ce qu’il désire vraiment, lui. J’illustrerai mes propos par cette réussite fulgurante quant à la douleur de cette jeune femme, au bord de la dépression, suite à une lombalgie chronique invalidante, résistante aux traitements classiques. Je l’ai vue une première fois seule, très réticente, recroquevillée sur elle-même ; et, devant son attitude, j’étais tellement démuni que j’ai demandé qu’elle revienne avec son époux (a posteriori, elle me l’avait certainement suggéré lors de la première entrevue). Là, elle s’est trouvée transformée ; le mari avait une attitude tellement rejetante vis à-vis de sa maladie, vis-à-vis du corps médical, vis-à-vis de moi, que des suggestions directes et non verbales de ne pas délaisser son épouse (invitation en cours de séance de s’occuper de son épouse, de la toucher, de parler de ce qu’il vivait, lui, quand son épouse se plaignait de son dos, comment il pouvait répondre ou ne pas répondre à cette plainte) ont permis d’améliorer la situation du couple et dans un second temps de faire quasiment disparaître les douleurs de cette jeune femme dans les deux mois qui ont suivi cette entrevue du couple. Mais au départ il a fallu inciter cet homme à venir en imposant à cette jeune femme qu’elle vienne avec lui sans quoi il aurait fallu rencontrer un autre thérapeute. Ca a été le passage… en force, c’est vrai … mais c’est parfois nécessaire. Le mari m’en a tenu rigueur, mais la patiente a été soulagée, alors… Et l’on en revient encore au passage, à la transition, au saut même entre le psychisme et le somatique. Un des moyens de mobiliser ce qui est figé dans le symptôme comme la douleur chronique est bien l’hypnose en ce qu’elle permet d’imaginer mais aussi de vivre ce qui va être différent. Toute la difficulté est de ne pas céder au scepticisme du patient, et de l’inviter à nous montrer, mais surtout à lui, ce qu’il sait ou saura faire en donnant une valeur autre à ce qui lui arrive, ce qui revient à dire en trouvant une solution de remplacement, en déplaçant le symptôme grâce à l’amovibilité de l’hypnose, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus besoin de remplacer quoi que ce soit. (1)  » pain getting better book signifie le livre de la douleur qui s’améliore. Il a été crée par ERICKSON comme outil métaphorique pour aider les enfants à travailler avec leur douleur. Le but est de mettre en évidence des sensations douloureuses objectivées et dans le même temps d’y associer l’accès à des ressources internes par le biais d’un support artistique. L’aspect visuel et kinesthésique du dessin vise à apporter un meilleur confort via la dissociation qui intervient naturellement lors de l’acte de dessiner. Cette technique a pour objet de contrôler, diluer ou dissocier la douleur. Le livre ou le cahier se compose de séries de dessins, à chaque séance, effectués selon trois étapes successives :
  • à quoi ressemble la douleur maintenant ?
  • à quoi ressemblerait-elle si ça allait beaucoup mieux ?
  • qu’est-ce qui permettrait de changer le premier dessin en le deuxième ?
Ces dessins ont pour buts :
  • d’aider l’enfant à dissocier la douleur en la transformant en une image sur le papier et de déconnecter du sentiment de douleur
  • d’apprendre à l’enfant à mobiliser ses capacités de transformation de quelque chose d’inconnu (la douleur) en quelque chose de connu (l’image sur le dessin). Ainsi, il aura un meilleur contrôle de la situation.
  • d’aider l’enfant à passer d’une mauvaise tonalité sensorielle à une bonne, ce qui permet d’activer d’autres zones cérébrales que celles qui sont centrées sur le sentiment d’être malade
  • d’inciter l’enfant à penser qu’aller mieux existe. Quand l’enfant commence à dessiner la douleur quand elle va mieux c’est qu’il a intégré que c’est une réalité potentielle. Et le troisième dessin constitue un pont métaphorique entre l’inconfort et le confort, utilisant la propre « médecine » inconsciente de l’enfant.
De plus, ce cahier que le patient apporte à chaque séance représente un lien thérapeutique formidable pour peu que le patient se prête au « jeu ». Il me semble aussi qu’il s’agit là d’une excellente illustration d’amovibilité.

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