Apport des vertus amovibles de la suggestion hypnotique dans le traitement de la douleur chronique
Ainsi, un patient présentait des céphalées chroniques qui prenaient toute la place dans sa vie, son discours et le conduisaient à des idées de plus en plus envahissantes de suicide. Il avait déjà rencontré divers thérapeutes qui lui avaient apporté que peu de bien-être. Au début, je ne savais pas comment prendre le problème et j’avais en outre un doute sur une alcoolisation. Le déclic a eu lieu le jour où je me suis autorisé à parler avec lui de cette dépendance. Le passage s’est situé là. Ensuite, le travail hypnotique s’est largement amélioré notamment grâce à la technique du « pain getting better book » ( 1), utilisée plutôt avec les enfants. Puis je demandais au patient de m’apporter son cahier avec l’image métaphorique spontanée de sa douleur dessinée dessus, à chaque séance. Il s’est exécuté avec enthousiasme, mettant de côté par la même occasion toute pensée suicidaire, tout rejet médical, toute absorption d’alcool exagérée et une bonne partie de sa douleur.
Bien souvent, les patients débordés par leurs affects dépressifs ou sidérés par le traumatisme du symptôme, ne se souviennent plus de leurs capacités naturelles à résoudre leur problème. Tout se passe comme si ce » système d’auto-guérison » avait été mis en défaut, hors d’usage, dans une atteinte qui toucherait à l’essentiel, à l’intime de l’être. Leur capacité d’imagination, elle aussi, est mise à mal, voire éteinte. Et cela empêche le bon déroulement du travail avec ce type de patients car l’hypnose a besoin de la mémoire et de l’imagination pour être opérante, parce que pour aller jusqu’aux archives de la mémoire il faut ne pas se contenter des faits mais y rajouter des valeurs : les archives peuvent avoir un classement chronologique comme un classement thématique, et on n’y trouve pas obligatoirement les mêmes détails.
Dans l’hypnose conversationnelle, un intérêt marqué pour les ratifications et les truismes permettra d’être en empathie avec le patient, afin de l’amener tout doucement ou brutalement à une prise de conscience différente de son problème, en éveillant sa curiosité ce qui n’est pas aisé car distraire un douloureux chronique de son symptôme relève d’un défi condamné à l’échec ou au moins à la non-permarience ; Et pourtant, il sait le faire lui-même ; pour preuves ces grands-parents attentionnés au jeu des petits-enfants, cette maman qui écoute son bébé dormir dans la pièce d’à côté, ce bricoleur » scotché » à son ouvrage, ce cruciverbiste cherchant quelque définition…
L’hypnose formelle peut s’inspirer de ces capacités de distraction des patients, mais aussi utiliser les techniques de superposition ou de substitution sensorielle afin que le patient se montre à lui-même que sa créativité mentale permet une solution de remplacement, même transitoire, à son problème, lui ôtant par là même son caractère immanent. Et c’est là que l’amovibilité de l’hypnose vient mettre à mal le pessimisme forcené et ouvre des perspectives là où l’espoir était sans cesse déçu. Elle ouvre les portes du possible ; possible de mettre la sensation douloureuse de côté quelques instants, de la transformer, voire de rivaliser avec le bonheur des autres. Elle est aussi le trompe-l’œil qui peut être induit par une prescription comportementale et contextuelle qui consisterait à faire croire à quelqu’un de l’entourage que cette sensation pénible est présente alors qu’elle ne l’est pas par exemple (d’habitude les patients savent mieux faire le contraire) : c’est la moustache qui travestit la réalité en en créant une autre. Le travail métaphorique, lui aussi, donne un caractère amovible au symptôme dans ce qu’il suscite comme substitution ou comme transposition. Pour être opérant, il doit être suffisamment pertinent et suffisamment fin pour déplacer le symptôme d’où il est sans crier gare pour l’envoyer là où c’est suggéré qu’il aille, et comme si rien ne s’était passé, le faire revenir ou le laisser revenir là où il était initialement sans savoir pour autant que quelque chose va peut-être bouger plus tard, spontanément ou à l’occasion d’un événement suggéré ou choisi par le patient lui-même.
Pour preuve, ce cas clinique d’une patiente âgée de 63 ans présentant des douleurs qui seraient consécutives à une compression accidentelle, per-opératoire, du nerf grand sciatique.



