Apport des vertus amovibles de la suggestion hypnotique dans le traitement de la douleur chronique

Dr Patrick Sinquin
Clinique de la Sagesse
Rennes

Dans mon travail depuis quelques années en cancérologie et en algologie, j’ai constaté que la douleur chronique comme le cancer confine, entre autres émotions, à l’horreur. Cette horreur pourrait inciter celui qui en est atteint à la fuir, mais il en est tout autrement; après quelques tentatives plus ou moins infructueuses, ce qui fonde cette horreur semble revenir comme des vagues successives déferlantes, envahissantes, qui plongent celui qui les reçoit dans un état proche de la sidération. Le patient douloureux voudrait se débarrasser de ce fléau qui le mine, le ronge ou le guette. Et tout se passe comme si ce lien ne pouvait se défaire entre les deux, comme dans une fusion aux allures perverses. L’horreur provient de l’impossibilité dans laquelle se trouve le patient de se détacher de ce qui la produit, de ce sentiment d’irréversibilité et de destruction.

Notre travail d’aide psychologique est d’abord un travail d’écoute et d’observation. Il convient d’apprendre au patient que nous avons aperçu sa souffrance en ratifiant les affects qu’il subit ou en relevant l’absence surprenante de ces mêmes affects. Mais bien sûr cela n’est pas suffisant, même s’il s’agit là d’une étape fondamentale car elle conditionne la suite de l’accompagnement thérapeutique. De même, la prise en compte du problème du patient peut l’aider pendant quelques instants à sortir de sa torpeur, de la répétition du vécu douloureux. Quand on voit un enfant pleurer, il m’apparaît plus opérant de l’inciter à pleurer encore pour l’amener ensuite à relativiser sa réaction, plutôt que d’emblée lui demander de cesser de pleurer. Il est évident pour le patient douloureux dont le symptôme  » colle  » au corps, qu’apercevoir sa souffrance n’est pas la soulager. Et après des réactions de résignation ou de déni, ou même l’agressivité vis-à-vis du soignant ( » vous ne savez pas ce que c’est… En parler ça ne sert à rien… C’est mon corps qui me fait mal, pas la tête!… On fait de la publicité pour le traitement de la douleur, et puis moi on n’arrive pas à soulager la mienne! « . Alors l’illusion d’un moment fait place à la désillusion qui vient amplifier le retour du symptôme, si tant est qu’il ait observé une trêve !

La deuxième étape va ainsi consister à intéresser le patient douloureux pour qu’il puisse, et ce serait alors la troisième étape, confirmer et préciser sa demande vis-à-vis d’une aide psychologique qui ne va pas de soi dans ce type de problème. Intéresser le patient serait le sortir de la torpeur, de la sidération, de la répétition : ce n’est pas un travail facile car il requiert une intuition énorme, et même s’il y a des  » ficelles « , il n’y a pas pour autant de recettes. Tout est individualisé et le thérapeute doit s’adapter au patient.

Mon propos va s’attacher à ces façons de créer un déclic, de suggérer une attente chez un patient confronté à l’horreur. Et cela peut, et doit se faire, par le biais d’une transe sans transe d’abord, une transe non annoncée où la suggestion va venir remplacer l’état de sidération en un état de mobilisation grâce à un écart, un écart de langage, un écart d’attitude, qui va venir faire le passeur entre la rive où rien ne bouge, où tout est figé, gris, noir, sans évolution apparente, et la rive où les impressions colorées riment avec la mobilité et la clarté, dans une délimitation rassurante mais aussi évolutive. Et c’est bien l’objet de la transe que de créer un passage.

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