La vie : catastrophes et chaos
Dr Claude Virot
Psychiatre – Rennes
L’Homme est vivant. Vous êtes vivants, vos patients sont vivants. On ne peut pas en dire autant de votre voiture, de votre ordinateur. Ce constat est simple : d’un côté les vivants, de l’autre, les objets. Ils se différencient par une caractéristique fondamentale : la capacité d’autoguérison ou autopoîèse. Vous pouvez vous coucher avec la fièvre le soir et vous réveiller guéri.
Mais le pneu de votre voiture ne se réparera jamais seul. C’est bien dommage, mais c’est comme ça.
Cette capacité d’auto-guérison est activée dès que des perturbations surviennent. Celles-ci peuvent être physiques : plaie, attaque virale ou bactérienne, intoxication alimentaire, brûlure, traumatisme corporel… Le plus souvent ces perturbations se manifestent par une douleur, autrement dit, une information sur l’existence d’un problème. De la même manière, des perturbations peuvent aussi être d’origine psychique : peur, chagrin, confusion face à un “événement surprise”.
Quelles sont les ressources dont dispose chaque être vivant pour répondre à ces perturbations?
Nous connaissons bien sûr les mécanismes internes : la thermogenèse, la coagulation, la cicatrisation ou le système immunitaire. Au niveau psychique, c’est la conscience, la réflexion, l’oubli, le sommeil ou encore les larmes. La transe spontanée aussi. Mais l’Homme dispose également de ressources externes. Des « outils » : médicaments, pansements. Des ressources “sociales” et des relations: la famille, les amis, l’entourage en général. Enfin, il peut s’agir de “professionnels”, les soignants, que chacun peut alerter ou solliciter.
Cet ensemble des ressources internes et externes constitue » l’espace des ressources » dont chacun dispose. Cet espace est plus ou moins développé et fonctionnel selon les individus et selon les moments de la vie. C’est ainsi que nous guérissons, chaque jour, de nombreux troubles aigus de manière visible ou infra-clinique (nous pensons ici aux cellules pathologiques). Dans ce cadre, les changements sont dits simples, ils sont prévisibles et linéaires. Il y a une relation proportionnelle entre l’événement et la réaction, entre le type de trouble et le type de solution, entre l’intensité du trouble et celle des mécanismes de guérison mis en jeu. Si j’ai un peu froid, mon système interne va activer la thermogenèse ou je vais me couvrir un peu plus. si le froid est plus intense, je vais faire appel à un chauffage ou à des vêtements chauds. Une petite plaie génère un petit saignement et appelle un petit pansement. Une large plaie demande la mise en oeuvre de moyens plus conséquents de la part du corps, de l’environnement et des outils. Sur le plan psychologique, une perturbation modérée de type dépressif amène une adaptation personnelle également modérée, peut-être un soutien de la famille ou des amis, peut-être encore un médecin prescrira un « petit » traitement qui devrait faire de l’effet rapidement. Une dépression aigue plus intense va mobilier plus fortement le patient, l’entourage et suggérer un traitement plus fort et plus long.
Dans tous ces cas, l’évolution sera favorable tant que l’espace des ressources du patient contient les réponses adaptées au problème. Des réponses « logiques » en termes d’intensité, de durée et de méthode avec le problème.
Paul Watzlawick nous a appris à parler de changement de type 1 qui conserve le cadre de référence du patient, mais modifie le symptôme. Pour la plupart des troubles qui nous affectent ces changements de type 1 sont pertinents et suffisants.



