L’accueil au bloc opératoire, 10 secondes, 4 phrases

Gilles Besson

Infirmier pendant 20 ans, j’ai travaillé 16 ans en bloc opératoire, au bloc d’urgences et déchocage du Centre Hospitalier Lyon-Sud (69) puis au bloc pluridisciplinaire du centre hospitalier de Saint Brieuc (22). Formé à l’Hypnose Ericksonienne depuis 10 ans, je suis maintenant psychothérapeute et formateur en communication thérapeutique et hypnose médicale. Caractérisée par une approche souple, indirecte (métaphores) et non directive, cette forme d’hypnose s’appuie sur les ressources du patient. Cet outil m’a donné les moyens de prendre en compte réellement le patient dans sa globalité. La relation soignant-soigné : Un moment phare de la relation soignant-soigné au bloc opératoire est l’arrivée d’un patient dans ce lieu souvent jugé mystérieux et inquiétant. Cette étape est déterminante sur l’expérience globale de l’intervention chirurgicale vécue par le patient. Ces quelques secondes peuvent aussi bien générer de la « réassurance », qu’aggraver une anxiété. Pendant quinze ans, j’ai fait au mieux pour accueillir les patients, guidé par mon intuition, mon empathie, et quelques formations. A cette époque, mon accueil, suivant un protocole pour être efficace et rapide, commençait de façon quasi invariable par : - BONJOUR MADAME, MONSIEUR - JE M’APPELLE GILLES, JE SUIS INFIRMIER - NE VOUS INQUIETEZ PAS, TOUT VA BIEN SE PASSER - VOUS N’AVEZ PAS TROP FROID ? En avril 2000, au cours d’un congrès à Vannes (56), consacré à l’hypnose en anesthésie, j’ai découvert l’hypnose médicale. J’ai alors pris conscience qu’il était possible de transformer la simple relation soignant-soigné en un outil thérapeutique majeur. Non seulement mon attitude envers le patient était rassurante, mais elle pouvait devenir un soin à part entière. L’accueil un moment privilégié : Je me suis formé immédiatement à l’hypnose médicale et à la communication thérapeutique. Rapidement, cette séquence d’accueil est devenue : - BONJOUR MADAME, MONSIEUR - JE M’APPELLE GILLES, JE SUIS INFIRMIER - SOYEZ TRANQUILLE, TOUT VA BIEN SE PASSER - VOUS AVEZ ASSEZ CHAUD ? Presque les mêmes mots, certes, mais pas tout à fait. Je savais me présenter, et les 2 premières phrases étaient adaptées. Mais les 2 dernières pouvaient générer dans le premier cas, de manière bien involontaire, un trouble important. Sous l’effet du stress lié à l’inconnu et au risque potentiel redouté, le futur opéré arrive au bloc dans un état de conscience particulier (la transe). Cette dernière se caractérise pour une focalisation et une fixation de l’attention. Dans ce cas de figure, sur les craintes liées à l’événement qui va survenir. En résulte pour le patient une diminution de sa capacité d’analyse critique des informations qu’il reçoit. En premier lieu, dans cet état particulier, son cerveau ignore la négation. Ainsi l’opéré retient seulement le mot « inquiétez » dans la phrase « Ne vous inquiétez pas ». L’effet produit est donc l’inverse de celui recherché. Il peut être aussi simple, et beaucoup plus rassurant d’utiliser une formule positive du genre « Soyez tranquille ». Combien de phrases de ce type ai-je prononcé, avec les meilleures intentions du monde, pendant des années ? « N’ayez pas peur… ça ne va pas être long… ça ne va pas faire mal… » Alors qu’il serait aisé de remplacer ces phrases-pièges par « Soyez rassuré… ça va être rapide… ça va être confortable… » Utiliser des formules positives demande un peu d’attention, mais l’habitude vient vite. Le pouvoir de la suggestion : L’état psychique particulier dans lequel se trouve le futur opéré sensibilise le pouvoir suggestif de toute question. Ainsi même s’il fait plutôt froid dans les blocs opératoires, pourquoi suggérer cette notion de froid (même de « trop » froid), qui risque d’induire un inconfort ? Il est facile de rester bienveillant en suggérant la chaleur « Avez-vous assez chaud ? ». On fait preuve ainsi de sollicitude en s’intéressant au confort thermique de l’opéré. Mais cette fois-ci, la réponse a plus de chance d’être réaliste et non induite « négativement » par la question. Ainsi, à partir du moment où j’ai commencé à évoquer la chaleur, la demande de draps chauds a diminué de moitié. Le choix des mots : A l’heure de la « check list », l’accueil des patients au bloc opératoire peut être perçu comme un « interrogatoire de police » aussi bien par le soigné que par le soignant. Si le patient y trouve son intérêt, alors il participera à cette étape. Le choix des mots prend alors toute son importance. Bien sûr les mots positifs, encourageants, sont bienvenus. Ainsi, les mots « Sécurité » et « Confort » peuvent être répétés fréquemment dans le dialogue. Une seule phrase au début de la check-list peut redonner tout son sens à cette procédure. Par exemple : « Pour votre sécurité, je vais effectuer quelques vérifications, d’accord ? » Il est alors fort probable que le soigné coopère au mieux. « Pour ma sécurité ? Oui, bien sûr… » De plus, demander son accord au patient lui permet de se sentir acteur du soin. D’autres éléments comme la qualité de présence, les gestes, les attitudes, la position, la distance, le timbre de la voix…sont tout aussi importants. Mais déjà les quelques notions de base abordées dans cet article peuvent permettre à tout soignant d’améliorer grandement ses compétences relationnelles : - utiliser les mots sécurité et confort ; - éviter les négations, préférer les affirmations ; - être attentif au contenu des questions. Un peu de vigilance et de pratique pour un résultat motivant. Des patients rassurés, des soignants satisfaits, des soins mieux adaptés et personnalisés, c’est ce qu’apporte l’approche thérapeutique de la communication dans l’accueil des opérés au bloc opératoire, comme d’une manière générale dans tout contexte de soin. Gilles Besson. Ibode Psychothérapeute Formateur en Communication Thérapeutique et Hypnose Médicale, Institut Emergences-Rennes (35). Contact : gillesbesson@sfr.fr