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LA CONSTRUCTION DE REALITES INTERPERSONNELLES PAUL
WATZLAWICK a été l'invité
de la FONDATION KANNERSCHLASS SUESSEM les 17 et 18 octobre 1995. La
conférence: "La construction de "réalités"
interpersonnelles" qu'il a faite à l'hémicycle
a vu la participation de près de 900 personnes, alors que le
séminaire qu'il a tenu le lendemain s'est déroulé
devant 700 personnes venus du Luxembourg, de France, de Belgique,
d'Allemagne et de Suisse.¹ "Le monde est un piège
qui prend la forme du langage", De Bateson à Erickson
Vous avez parlé pendant
votre séminaire de la thérapie brève, que vous
semblez opposer à l'approche psychanalytique? La caractéristique essentielle de cette approche,
c'est que nous pensons qu'une situation qui pose problème
dans l'ici et maintenant ne doit pas passer nécessairement
pour être comprise par l'exploration des causes qui dans le
passé ont générées ladite situation.
Dans cette logique il faudrait modifier les causes qui ont agi dans
le passé. il faut dire que toutes les approches psychothérapeutiques
traditionelles quoique pouvant s'opposer et être contradictoire
entre elles ont en commun cette conception de la causalité,
qui est en fait un dogme: de façon linéaire et unidirectionnelle,
les causes du passé influent dans le présent. Pour
nous cela n'est pas essentiel, ce qui nous intéresse c'est
l'ici et maintenant. Nous sommes fixés sur le présent
et notre conception de la causalité est circulaire: nous
sommes intéressés à comprendre comment des
boucles de causalité se maintiennent et produisent des effets
qui sont répétitifs et redondants. Comment est-il
possible alors de changer ces boucles. Ici s'applique la cybernétique
avec les mécanismes de feed-back, c'est que nous avons décrit
il y a déjà longtemps, dans la "Logique de la
communication". Une des critiques qui vous est adressée est
que vous ne vous intéressez pas à l'individu? C'est une des erreurs classiques que font certains
scientifiques. L'idée que la théorie systemique nie
l'individu est un malentendu et relève d'une mauvaise compréhension.
Nous nous intéressons bien entendu pour les différents
éléments du système, mais nous nous intéressons
aussi pour les interactions entre les différents points.
Vous avez à plusieurs
fois insisté que le succès d'une psychothérapie
est de diminuer la souffrance. Vous parlez aussi très souvent
de l'efficacité du travail psychothérapeutique et
donc du psychothérapeute. C'est très clairement le point de vue que je
défends. L'objectif d'une psychothérapie n'est pas
que nos clients atteignent des niveaux de plus en plus haut de spiritualité
ou de compréhension psychologique: je ne suis pas un gourou,
je suis un mécanicien... Je tente de réparer certains
effets qui sont produits, même si cela sonne très mécaniste.
Je ne poursuis pas des objectifs fantastiques qui seraient d'aboutir
à on ne sait pas quels effets... Vous vous rattachez au courant philosophique du constructivisme
radical. Pouvez-vous expliquer en quelques mots de quoi il s'agit? Par constructivisme radical nous comprenons les processus
qui nous permettent de créer ce que nous appelons la réalité
de second ordre. La réalité de premier ordre est celle
que j'appréhende grâce à mes organes sensoriels,
celle de second ordre s'intéresse au sens et aux valeurs
que nous attribuons à nos perceptions sensorielles. Le sens
et les valeurs sont élaborés par un individu, par
des groupes d'individus. Le contexte dans lequel naissent ses valeurs
ou connstructions a une importance déterminante. Nous, les
hommes, supposons que ces constructions sont en fait la réalité
telle qu'elle existe en-dehors de nous, et qui par conséquent
serait la seule qui est vraie. Celui qui ne voit pas le monde comme
je le vois est fou ou méchant.
Comment posez-vous la question
de la responsabilité des hommes? Si la réalité
qui nous entoure n'est pas la réalité en soi, mais
une construction, quelles conclusions en tirez-vous? Il s'agit-là d'une question très importante,
à laquelle Hans Vaihinger donnait des éléments
de réponse en 1911. IL n'y a jamais eu de tribu, de pays,
de culture oùl'on n'ait pas supposé que les hommes
ont de quelque façon que ce soit une libre volonté.
Mais avec cette présomption il coule de d'attribuer à
ces mêmes hommes une faculté d'assumer une responsabilité.
Une communauté qui a un système de valeurs ne peut
exister qu'avec cette représentation qu'il existe une responsabilité
des individus qui la compose. Si chaque individu peut se réclamer de ces
propres constructions, il peut en assumer aussi sa responsabilité.
Mais que faire avec des constructions qui sont différentes,
voires qui s'opposent? Qu'en est-il de responsabilités qui
se contredisent dans leur action? Il en est ainsi pour les conclusions rigoureusement logiques que je peux tirer de la façon dont je perçois le monde qui m'entoure. Lorsque je séjournais à Bombay j'ai rencontré des hommes qui dans la culture de ce pays sont considérés comme des sages, sinon des saints, alors qu'un psychiatre européen ou américain les aurait diagnostiqués comme souffrant d'une schizophrénie catatonique. Tant que je vis dans un contexte où les contradictions entre les réalités de second ordre ne sont pas trop importantes, je me sentirai confortable et chaque jour de ma vie verra se confirmer l'idée ou la construction que je me fais du monde environnant. Au contraire les problèmes dans la pragmatique de la communication naissent du fait que des constructions s'opposent ou s'excluent. Un individu, architecte de sa propre existence... Comment se pose alors la question
de la tolérance s'il existe des constructions qui peuvent
être tellement différentes? S'il pouvait exister un individu qui au sens constructiviste
du terme serait l'architecte de sa propre existence, il aurait trois
qualités.
² Bibliographie:
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